Marilyn Manson - Born Villain (2012)

Nous sommes fin août, cela fait donc quatre mois. Quatre mois de recul pour chroniquer un album, qui a donc passé le stade de la découverte, puis de la mise à l'écart, puis de la redécouverte. Quatre mois, sur un blog d'actu musicale, c'est donc une éternité. Quatre mois que le Herr Doctor (qui?) a sorti son neuvième album (je mets de côté le best-of), Born Villain.




Quatre mois, lorsqu'un groupe a eu une influence considérable dans votre vie, qui dépasse le simple cadre de la musique, ce n'est rien, pourtant. C'est donc dans la peau de l'ancien collégien qui découvrait la musique en écoutant Hollywood que j'écris ces lignes. N'écoutant parfois plus Manson pendant de très longs mois, mais avec cette petite étincelle se ravivant à chaque nouvelle sortie d'album.

Ces périodes d'absence ont plusieurs raisons. La pauvreté de la musique en est une (je suis capable de la jouer, c'est dire), et apprendre que Manson s'est sérieusement penché sur les parties de guitare au cours de l'enregistrement du disque a vraiment de quoi faire peur (amis connaisseurs de ces bons vieux lives ou le sieur Manson décide de montrer ses talents de musicien, bonjour). On nous annonçait cette fois un "retour aux sources", "le meilleur album depuis Antichrist". Bref, encore et toujours ces mêmes discours, qui nous laissent un goût amer dans la bouche, lorsque l'on repense au triptyque Antichrist Superstar - Mechanical Animal - Hollywood, qui fut l’apogée d'un artiste venu de l'Ohio dont l'avenir dira s'il restera ou non dans le Hall of Fame du rock provoc' américain.

Venons en aux faits. La première écoute m'avait fait passer par tous les stades. Hey, Cruel World était lancée, et j'avais du mal à y croire. Le son n'avait plus les traits d'une surproduction aseptisée. J'ai cru entendre la face B d'Antichrist Superstar, et c'était beau. J'ai pensé "enfin, on y est" là où je n'attendais rien, et j'ai attendu que l'album monte en puissance, que l'on retrouve ce style, fait de calme avant la tempête, si caractéristique des anciens disques....

...mais rien de tout ça. L'album ne montait jamais. Il restait linéaire, désespérément, comme un mauvais restaurant indien où tout reste fade, tandis que vous vous attendiez à un déluge de saveurs exotiques. Voilà le premier sentiment ressenti. J'ai été le voir en concert au Zénith tout de même et malgré la frustration d'un show beaucoup trop court, malgré la nullité de Twiggy en tant que guitariste, malgré l'absence d'un claviériste si important en dépit de partitions si simples, il y avait quelque chose. Manson a retrouvé sa voix, son envie.

J'ai donc cette fois acheté le disque et la deuxième écoute était différente. Born Villain n'est pas un "mauvais album" de Manson. Born Villain est un tournant. Un tournant dans la carrière de Brian Warner, qui pourra préjuger de son avenir. Il y tourne le dos au grand public, qui ne l'aimera pas. Aucun des morceaux n'aura une chance de passer en radio populaire (ce qui est toujours en soit, une assez bonne nouvelle). Mais les bonnes idées sont pourtant là. Slo-Mo-Tion (et son intro) est une perle, Disengaged (et son refrain) aurait sa place sur Hollywood, No Reflection est un single assez sympathique, Overneath the Path of Misery est une œuvre étrange qui pourrait très bien provenir de l'époque Antichrist, et You're so vain, dans la tradition des covers par Manson, est agréable à écouter. A côté de ça, le reste se compose de morceaux assez classiques, qui s'écoutent mais manquent cruellement de ce petit quelque chose inexplicable. 

Voilà le bilan qu'on pourra en faire. De très bonne choses, d'autres moins bonnes, mais pas d'horreurs comme il a pu en commettre par le passé (Heart Shapped Glasses, ça vous parle?). La chose la plus importante à retenir est qu'on est donc à un moment clé de l'histoire de Manson. Si l'envie lui prenait de continuer la musique, on peut encore s'attendre à de très belles choses.

Note : 6/10 : un album moyen à tous les sens du terme, ni mauvais ni spécialement bon, et qui gagnera probablement à vieillir. Le 6 est pour Disengaged, dont j'aime l'efficace simplicité si symbolique de Marilyn Manson

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